deutsch-französischer Wettbewerb zum Mauerfall 1989

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Mon Berlin

Quelques Français privilégiés et Berlin

Au début, il y avait Berlin -

1946, je suis née à Launewitz, derrière le rideau de fer. Mon tout premier souvenir est une longue marche dans la forêt avec ma mère qui me portait et ma grand-mère. Nous avons été arrêtées et enfermées plusieurs fois. Et un jour, nous avons réussi à passer à l’Ouest, c’était dans le Sud de Berlin!

1960, au collège, on devait présenter une ville du monde. J’ai découvert l’histoire de Berlin. Une passion est née.

1962, j’étais sélectionnée dans l’équipe d’Allemagne du Sud de Handball. Mon premier grand voyage, Tübingen-Berlin en bus! Quelle aventure, quelle galère! Des heures d’attente à la frontière! Nous logions au Stade Olympique, une impression d’immensité! My Fair Lady au Théâtre avec Paul Hubschmid et Karin Hübner et le premier verre dans un Bar. Berlin Inoubliable.

Puis, la France où je vis depuis 1964 -
de 1985 à 2000, je suis allée tous les ans à titre professionnel à Berlin. Le Groupe Volkswagen organisait, tous les ans en début décembre, une rencontre internationale de Concessionnaires d'une vingtaine de pays. J’avais l’honneur de conduire la délégation française. Visite des sites de production puis réjouissances à Berlin. Un train spécial partant directement de l’usine avec orchestre sur le quai, restauration première classe, la fête ! Une parfaite organisation allemande : chacune des 250 personnes d’une vingtaine de nations s’assoit à la place qui lui est attribuée, sauf les Français : chacun s’assoit où il veut. On semait une joyeuse pagaille et on avait une sacrée réputation !

Pour aller de Wolfsburg (siège de VW) à Berlin il fallait traverser le territoire de la RDA.
Les autorités de la RDA n’ignoraient rien de cette manifestation internationale et globalement cela se passait bien. Le train s’arrêtait à la frontière et des Vopos montaient à bord pour contrôler individuellement nos papiers d’identité. Ils donnaient un visa de transfert, valable une fois, à chacune des 250 personnes. Le service de restauration s’arrêtait, mais les invités continuaient à manger et à boire. Ils n’étaient pas toujours conscients de la gravité de la situation. L’étalement de toutes nos richesses me mettait mal à l’aise. C’était toujours très tendu !
Le voyage durait 4 à 5 heures, c’était un événement en soi. A l’intérieur des bougies, une ambiance de fête, toutes ces nations mélangées qui se découvraient, se parlaient facilement, chantaient et à l’extérieur, le beau paysage d’hiver de la RDA, la neige, la désolation. C’étaient des moments forts pour nous tous.

En décembre 1989, juste après la chute du mur, même voyage. Le train s’arrête à la frontière. Les Vopos montent dans notre compartiment et font leur boulot, et puis, un coup de tonnerre : un français tend son verre de champagne au Vopo lui disant avec un grand sourire: allez buvez ! Un silence de mort dans le wagon. Les Norvégiens, les Italiens tellement bruyants il y a quelques instants encore, se sont tus. Je croyais que mon cœur allait s’arrêter, je me demandais que faire, nous avons eu des sérieux incidents pour bien moins que cela. Mille questions traversaient mon esprit en quelques longues secondes ou le temps a suspendu son vol.

Le Vopo lui aussi est surpris, il est blême, terrorisé, puis, il enlève sa lourde toque de fourrure et essuie la sueur qui lui coule le long de son visage. Et, miracle, il prend le verre et son collègue fait autant ! Tout le monde applaudit, hurle : bravo ! Inimaginable! J’ai failli me trouver mal, mais les Français étaient HEUREUX.

Plus loin, il y avait un Indien, très grand, très costaud avec d’énormes sourcils noirs et un regard sombre, le Représentant du Qatar. Un Vopo contrôle rapidement ses papiers et s’apprête à partir. L’Indien l’arrête, lui dit avec sa grosse voix hachée : I would like to have à stamp ! Le Vopo dit non, pas de tampon cette année. L’Indien : give me a stamp ! Le Vopo secoue la tête, c’était sa contribution au changement. L’Indien insiste. Je commençais à craindre un incident encore que, pour une fois, les Français n’y étaient pour rien. Finalement, le Vopo demande : mais pourquoi voulez-vous un tampon, Monsieur ? Et l’Indien de répondre : parce que la prochaine fois il n’y aura peut- être plus de RDA ! Re-silence de mort ! Il n’a jamais été question de la réunification et encore moins de la disparition de la RDA.
Le Vopo a fini généreusement par donner un tampon en prenant cet étranger pour un fou. L’année suivante la RDA n’existait plus !

Le voyage se terminait par un grand bal à l’Hôtel Kempinski. En 1989, tout un groupe, entraîné par les Français est retourné au mur à 3 heures du matin, en tenues de soirée pour taper dans le béton (mais d’où sortaient les outils?).
L’émotion était immense.

Aucun Français n’oubliera son voyage à Berlin.

Et moi, je me souviendrai toujours de la nuit du 13 août 1961 et surtout de la nuit du 9 novembre 1989. J’ai entendu, tard dans la soirée, l’information que le mur de Berlin était tombé. Je me suis couchée. Dans mes rêves les plus fous, je n’aurais jamais pu imaginer que cela puisse être. L’information n’est tout simplement pas arrivée jusqu'à mon cerveau! Le mur de Berlin est tombé ? LE MUR DE BERLIN EST TOMBE ! DIE MAUER IST GEFALLEN ! Je me suis relevée en sursaut, et le téléphone n’arrêtait plus de sonner de toute la nuit !

Le début d’une nouvelle ère … et nous voilà au 21° siècle !

Foto: Elisa-Christin Müller, jugendfotos.de

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Kommentare zum Beitrag:

Kommentar von Michel Le Paire geschrieben am 02.11.2009 19:42:42

J'ai participé à quelques-uns de ces voyages organisés par le Groupe Volkswagen pour honorer ses représentants les plus méritants.Le témoignage de Ingeborg Grieb restitue parfaitement l'atmosphère particulière qui régnait au moment du franchissement de la frontière,lorsque les vopos montaient dans les wagons pour contrôler les passeports.Félicitations et merci pour ce petit bout de petite Histoire.

Kommentar von MONJARDET Cornélia geschrieben am 01.11.2009 14:41:04

Témoignage passionnant alliant pittoresque et émotion (et de plus très bien écrit).sur des aspects inconnus des suites immédiates de la chute du mur pour des transitaires en RDA.

Kommentar von pascal fonfrede geschrieben am 27.10.2009 17:27:44

bravo et merci pour ton témoignage INGEBORG ,ce fut pour moi et mon èpouse une immense émotion en ta précieuse compagnie,ce train irrèel traversant la rda,rideaux fermés et à l'interieur des gens du monde entier,fraternisant dans la froideur d'une nuit extraordinaire.le mur dans la nuit à la porte d brandebourg, encore debout mais paraissant si fragile avec les vopos dessus,ombres humaines menacantes allant disparaitres.le lendemain passage a l'est,les odeurs, les batiments si particuliers etles habitants accrochants nos regards par des sourires pas encore libérès.nous avions vraiment le sentiment que le monde bougeait et nous ètions là à regarder l'histoire s'ecrire.

Kommentar von Geneviève BATTISTEL geschrieben am 26.10.2009 10:01:24

Récit riche et vivant. Toutes les nationalités évoquées, avec leurs différences. Et l'émotion intacte tangible dans ce récit. Merci

Kommentar von Croustybat geschrieben am 22.10.2009 21:49:02

Wohnst du neben einem bahnoff?

Kommentar von delourme geschrieben am 22.10.2009 18:05:38

un récit qui passe d'une réelle émotion à des expériences rebondissantes presque surréalistes.

Kommentar von Müller Christian geschrieben am 21.10.2009 19:11:58

L'anéantissement de ce Mur teste pour moi aujourd'hui encore complètement surréaliste. Jamais je n'aurais osé imaginer le voir de mon vivant. Malheureusement je n'étais pas sur place le jour J et je le regreterai le reste de ma vie. Pour le reste il faudra plusieurs générations pour que le peuple allemand retrouve son complet équilibre. Grüss Gott

Kommentar von GRIEB (ingeborg.grieb@free.fr) geschrieben am 15.10.2009 22:42:01

je suis l'auteur de l'article - merci d'enlever cette photo de la Trabi ! c'est sympa, mais la traversée particulière est en TRAIN PRIVE ! ça induit en erreur et dénature mon histoire !
merci beaucoup - si on peut ajouter des photos, je préfère le faire moi-même, j'en ai beaucoup - dites moi juste comment faire - MERCI POUR ENLEVER CETTE PHOTO !
auf deutsch, bitte das Foto löschen, die Fahrt war mit einem Privatzug - es gibt einen ganz falschen Blick auf meine Geschichte - VIELEN DANK !
INGEBORG GRIEB, die Autorin des Textes
ingeborg.grieb@free.fr